Maraîchage d’hiver – les bonnes idées d’Eliot Coleman

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Eliot Coleman

Eliot Coleman est l’un des pionniers de l’agriculture biologique en Amérique du Nord (Deep Organic Farming). Il est connu pour son inventivité (innovations sur des outils, nouvelles techniques agricoles) et atteint une productivité impressionnante sur petite surface presque sans mécanisation ni recours aux énergies fossiles, avec un travail manuel savamment planifié. En ce sens son travail se rapproche de celui de John Jeavons (le père américain de la « microagriculture bio-intensive » mais aussi et surtout du « carbon farming » dont nous reparlerons).

C’est sur sa ferme du Maine (aux hivers très rigoureux), dans la bien nommée 4 Seasons Farm qu’il a développé ses techniques, notamment pour étendre au maximum la saison de production et une pause hivernale (repos imposé par le climat) la plus courte possible. Sa ferme emploie 5 à 7 personnes selon les périodes de l’année sur seulement 6000m² cultivés.

Ces « astuces » sont issues de son ouvrage Des légumes en hiver, produire en abondance, même sous la neige, un ouvrage à lire absolument si vous souhaitez élargir vos horizons maraîchers en produisant des légumes aussi en hiver.

Ce système nourrissait Paris toute l’année avec une très grande variété de fruits et légumes, aussi bien en saison qu’en contre-saison. Eliot Coleman

Eliot Coleman s’est beaucoup inspiré des maraîchers parisiens du 18e siècle, qui cultivaient de façon très intensive sur couche chaude grâce au compostage du fumier des chevaux, comme vous pouvez le lire ici. Ces maraîchers parisiens arrivaient à se faire succéder les cultures de façon impressionnante et nourrissaient Paris, réussissant même à exporter les excédents de production. Le fumier amenait d’abord de la chaleur (en phase de compostage) puis de l’engrais pour les plantes une fois composté.

Doubler les protections contre le froid

Eliot Coleman rappelle souvent que la difficulté d’une culture d’hiver est bien sûr liée à la température, mais aussi et surtout à la durée d’ensoleillement. Il faut donc essayer d’isoler les cultures du froid au maximum, en leur garantissant le plus d’ensoleillement possible, ainsi qu’une bonne ventilation.

Un exemple de châssis froid

Un exemple de châssis froid (‘Dutch light cold frame’)

On peut bien sûr utiliser des châssis froids  pour une première protection contre le froid. L’avantage, c’est qu’on peut les déplacer facilement. Mais cette solution n’est pas très pratique à grande échelle et Eliot Coleman lui préfère des voiles non-tissés en polypropylène.

Et là où il est très fort, c’est quand il utilise des mini-tunnels en voile non tissés fixés avec des pinces à linge sur des arceaux en métal à l’intérieur de ses tunnels froids, gagnant ainsi quelques précieux degrés. Chaque couche de protection supplémentaire (tunnel froid, voile non tissé…) ajoute des degrés de « chaleur » ou plutôt évite que le froid ne gagne du terrain. Une double protection contre le froid (mini-tunnels en voile non tissés dans des tunnels non chauffés) évite de perdre de précieux degrés.

Il les installe juste avant les risques de gelées et les trouve pratiques, légers, avec une bonne aération. Un voile léger laisse passer 85% de la lumière et permet au sol de se réchauffer alors qu’un voile plus épais isolerait peut-être un peu mieux mais au détriment de la lumière, qu’il est très important d’optimiser en hiver.

C’est pour cette raison aussi que ses tunnels froids ont majoritairement une seule épaisseur de plastique : les doubles épaisseurs isolent mieux du froid mais font perdre 10% de lumière si précieuse en hiver.

Des serres mobiles pour prolonger le maraîchage d’hiver

Cette serre mobile est utilisée chez Milkood permaculture en Australie

Cette serre mobile est utilisée chez Milkwood permaculture en Australie

En utilisant les serres mobiles, Eliot Coleman remet au goût du jour une vieille pratique européenne. Le principe : une serre est utilisée sur 2 ou 3 fois sa surface : on la change de place en fonction de la parcelle sur laquelle on veut l’utiliser.

Le but principal des serres mobiles est de «forcer» les cultures au printemps et prolonger la saison pendant l’automne en tempérant les baisses de températures.

serre-mobileL’utilisation des serres mobiles permet d’assainir le terrain en exposant le sol au plein air de temps en temps en limitant la propagation des maladies et le développement des ravageurs.
Certaines cultures n’auront pas besoin de protection en été mais apprécient la serre en fin d’automne par exemple. Ces serres sont des tunnels froids sans système de chauffage, même hors gel. En plein hiver, en ne chauffant pas, on ne rallonge pas la période de croissance, on étend simplement la période de récolte de certains légumes.

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Eliot Coleman a tout de même une serre hors gel pour cultiver des légumes qui ne de développeraient pas en cas de gel (navets, radis) et pour bénéficier d’un endroit « au chaud » pour la station de lavage (l’eau ne doit pas geler, et c’est (un peu !) moins désagréable de travailler comme ça)

Les serres mobiles « assainissent » beaucoup le terrain en cultivant par exemple des engrais verts lorsque la serre est déplacée sur la parcelle d’à côté (il serait trop coûteux de cultiver des engrais verts sous serre permanente) ou en cultivant des fruits et légumes d’été dans un sol qui a été exposé aux éléments naturels, évitant de nombreux problèmes d’insectes et maladies.

On peut faire une culture d’été dans la serre, commencer une culture d’été à l’extérieur, puis en fin d’automne déplacer la serre une fois que la culture d’été est terminée. C’est aussi un gain d’espace.

Les serres d’Eliot Colemant mesurent 30m x 9m de large et sont attachées au sol avec une chaîne, il les déplace grâce à des roues sur des rails et travaille continuellement à l’amélioration du design de ses serres mobiles. Connu pour son goût de l’innovation et d’une ergonomie optimale pour ses outils, il travaille notamment avec des designers pour que cet outil soit le plus pratique et le plus accessible possible.

Cultiver les bonnes variétés

Eliot Coleman a sélectionné toute une collection de délicieux légumes qui supportent bien la culture dans le froid. Les légumes feuille comme les épinards, la claytone de cuba, différents types de salades, roquette, mâche, légumes asiatiques, et bien sûr des légumes traditionnels d’hiver comme les poireaux, les carottes, navets, etc.

Certains de ces légumes sont parfois meilleurs après quelques gelées, c’est le cas du chou frisé ou des carottes d’Eliot apparemment beaucoup plus sucrées et goûteuses en hiver.

En associant les cultures et en pratiquant des rotations, les légumes sont généralement très sains et résistent bien mieux aux maladies et ravageurs.

Il accorde une très grande attention à la qualité et à la santé de son sol, comme les maraîchers parisiens il utilise beaucoup (trop ?) de compost à base de fumier de cheval et d’algues notamment (sa ferme est en bord de mer).

Les autres bons tuyaux d’Eliot !

Au-delà du maraîchage d’hiver, Eliot Coleman donne de très bons conseils aux jardiniers et maraîchers.

Il insiste beaucoup sur l’importance de la planification et les associations de cultures. Échelonner les plantations permet de récolter au fur et a mesure pour pouvoir vendre un volume de légumes le plus régulier possible. C’est d’autant plus important pour les maraîchers souhaitant vendre via une AMAP.

L’hiver peut également le moment idéal pour travailler le marketing de ses produits pour arriver à mieux les vendre : renommer les produits si besoin, proposer des mélanges faciles à cuisiner (légumes pour wok par exemple). Laisser les fanes sur les légumes frais pour justifier un prix plus élevé. Expérimenter et observer les attentes des clients, écouter leurs retours.

L’hiver peut aussi être un moment pour s’économiser et se reposer : pourquoi ne pas prendre environ 4 semaines en janvier, mois le plus calme, histoire de recharger les batteries ?

Je vous conseille de regarder cette vidéo si vous souhaitez en savoir plus :

et bien sûr de lire les ouvrages d’Eliot Coleman :

livre-des-legumes-en-hiver-eliot-colemanDes légumes en hiver, 2009

 

 

 

potage-hiverUn autre ouvrage sur le même thème de Blaise Leclerc est maintenant disponible aux éditions Terre Vivante, Je réussis mon potager d’hiver.

4 commentaires pour “Maraîchage d’hiver – les bonnes idées d’Eliot Coleman
  1. Bonjour,

    Avez-vous des conseils sur le choix des voiles polypropylène ?
    Vous insistez à plusieurs reprises sur le fait qu’ils soient non-tissés pour des raisons de transparences si j’ai bien compris.
    Qu’en est-il de la durabilité (face au gel et au soleil) de ceux-ci et de l’entretien ?

    Merci encore pour ce bel article et bonne continuation,

    Olivier

    • Valentine dit :

      Bonjour Olivier
      En fait ce sont aussi ce qu’on appelle l » « P17 », (ou « P30 », etc. en fonction du grammage (le chiffre est le nombre de grammes au m²).
      Ces voiles sont assez résistants, par contre je ne pourrais pas vous donner leur durée de vie.
      Plus le grammage est élevé, plus il peut isoler du froid, mais moins il laisse passer la lumière.
      Au plaisir,

  2. Nanty cèdric dit :

    merci de montrer l’exemple et de partager les savoirs faires

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