Visite de la ferme verticale Local Garden (VertiCrop)

J’ai eu la chance de pouvoir visiter la première ferme VertiCrop d’Amérique du Nord, installée sur le toit d’un parking dans le centre-ville de Vancouver. C’est la première utilisation de ce système dans un objectif commercial. Un système Verticrop existait avant à Cornwall en Angleterre, mais avait un but plus expérimental et pédagogique (elle sert à alimenter les animaux d’un zoo).

L’argument marketing de Local Garden est louable et facile à comprendre : chouette, de la salade toute fraîche et « fabriquée » à deux pas de chez moi. Il n’y a pas photo, c’est vendeur et ça donne envie d’en savoir plus. Coincée entre l’océan et la montagne, Vancouver est une ville très concernée par le développement durable et la transition. C’est ici que Alisa Smith et J.B. MacKinnon ont écrit le « 100 miles diet », contribuant au mouvement locavore.

Local Garden se présente comme une solution à la perte des terres agricoles et une alternative aux légumes produits en Californie.

Emplacement

Cette ferme verticale est située en plein « downtown » de Vancouver, sur la côte ouest du Canada. Après quelques étages de parking en petite foulée, on arrive sur ce qui ressemble à un entrepôt. A moins que…

Entrée de la serre sur un parking, dans le centre ville de Vancouver

Entrée de la serre sur un parking, dans le centre ville de Vancouver

exterieur de la serre

De l’extérieur, on ne voit pas grand chose

Installation

Rails

Ferme verticale
Dans la serre de près de 550m², on découvre des colonnes de plantes en hydroponie. L’ensemble est constitué de 120 colonnes de 24 plateaux chacune. Chaque plateau contient 39 plants.

Ils produisent 1500 kg/semaine de toutes sortes légumes feuilles et quelques aromatiques : salade, roquette, chou frisé (très populaire en Amérique du Nord), basilic, pak choi…

Le système est mobile afin de garantir une exposition homogène à la lumière (des lampes de croissance complètent la lumière naturelle), et de faciliter la cueillette. Des rails en forme « S » sont électriques. L’arrosage se fait aussi par le haut, par ces mêmes rails.

C’est impressionant, mais il faut bien reconnaître que c’est un peu froid, voire pas très romantique tout ça.

Qui a dit que la production alimentaire devait être romantique me demanderez-vous ?

Fonctionnement

Les graines sont des variétés anciennes venues de West Coast Seeds, et ils sous-traitent le semis à une firme. Les petits plants restent 21 jours dans le système.

plateau

Le substrat est composé de fibre de coco (je doute qu’elle soit locale).

Pour la récolte

Pour la récolte

Ils pratiquent la lutte integrée (aussi appelée lutte biologique, integrated pest management en anglais)  en invitant des insectes auxiliaires prédateurs des insectes nuisibles. L’apport de « banker plants » (je n’ai pas trouvé de traduction en français) de la famille des solanacées qui fournissent un habitat aux prédateurs des insectes non desirés, les encourage à rester et se reproduire dans la serre.

La récolte se fait à l’aide d’une nacelle articulée, en faisant tourner les colonnes sur les rails.

Ca manque un peu de chaleur :)

Ca manque un peu de chaleur 🙂

Greenwashing ou vraiment vert ?

Quelques points un peu décevants :

La serre est chauffée au gaz. Si mon anglais ne me trahit pas, elle est aussi climatisée en été (j’imagine que c’est parce que les légumes-feuille utilisés on tendance à monter à graine lorsqu’il fait chaud).

Ils utilisent un fertilisant synthétique et reconnaissent qu’il reste du travail de ce côté-là. Ils disent penser à l’aquaponie et au compost / lombrics mais j’ai du mal à imaginer comment on pourrait les implanter dans un système déjà fini comme celui-ci. Il semblerait plus logique de les intégrer dès le départ.

Le produit fini

Le produit fini

Dommage aussi que leur packaging intègre autant de plastique !  Ils sont en plastique solide, pourquoi ne pas envisager un emballage en plastique très fin sous vide, qui garderait au moins aussi bien la fraîcheur de la salade.

Du coté des points positifs; l’aspect local est un vrai engagement. Local Garden est aussi certifié « B-Corp » et accepte donc de se soumettre à des critères indépendants sociaux, environnementaux et de transparence.

Un bon potentiel donc, mais avec des nombreuses améliorations possibles !

 

9 commentaires pour “Visite de la ferme verticale Local Garden (VertiCrop)
  1. Gérald dit :

    Bonjour,

    Merci pour cet article très intéressant, il permet d’en savoir un peu plus sur le fonctionnement des fermes urbaines.
    Savez-vous combien de personnes travaillent pour faire tourner une telle pépinière ??

    Merci !

    • Valentine dit :

      Bonjour Gérald,
      Si mes souvenirs sont bons, ils sont 2 gérants et un salarié.
      Le besoin de main d’oeuvre dans la serre est très réduit car presque tout est automatisé (arrosage, rotation des plateaux…) et les semis sont sous-traités.
      Finalement, il y a seulement besoin de rempoter et récolter les plantes 21 jours plus tard ainsi que de vérifier l’équilibre des nutriments dans le système d’irrigation.
      Je pense que la majorité du travail est concentré sur le marketing et la distribution.
      C’est d’ailleurs un peu dommage je trouve, qu’une telle entreprise ne crée pas plus d’emplois, ce côte automatisé contribue à une image pas très chaleureuse, déshumanisée.
      A bientôt.

  2. Gérald dit :

    Bonjour Valentine,

    Merci pour ces précisions.
    Concernant le côté « déshumanisé » par l’automatisation, je suis bien d’accord avec vous.
    Cependant, travaillant sur des études de faisabilité de fermes urbaines, le volume de production doit être important avec peu de travailleurs, sinon pas de rentabilité, et donc pas d’investisseurs intéressés. On peut imaginer une participation des pouvoirs publics, mais celle-ci ne sera pas pérenne dans le temps. Il y a aussi la possibilité de vendre les produits un peu plus chers.
    C’est un vrai casse-tête, qu’apparemment vous connaissez d’après votre parcours.

    A part ça, j’espère qu’à votre retour en France, vous ferez un article sur ma ferme urbaine, si celle-ci voit le jour ^_^ (à Lyon !)

    Salutations

    • Valentine dit :

      Avec grand plaisir, je serais heureuse de venir la visiter !
      Pensez-vous à l’aquaponie pour cette ferme urbaine ?
      Ca pourrait être un moyen innovant de fertiliser de manière biologique et de vendre un autre produit (poisson) à forte valeur marchande.

      Bien sûr ça demande un peu plus de technicité pour équilibrer le système, mais le jeu peut en valoir la chandelle…

      On pourrait meme imaginer produire directement l’alimentation des poissons, et donc des plantes dans la ferme(je vous conseille cette vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=bYCo-jvRTVM)

      A bientôt

    • Cloé dit :

      Bonjour Gérald,

      Je suis étudiante en agronomie, et je réalise quelques recherches sur l’agriculture urbaine. Ce sujet m’intéresse et sera partie prenante de mes études l’année prochaine (spécialisation d’ingénieur à AgroParisTech).

      J’ai notamment visité la ferme Lufa, à Montréal (serre potagère sur toit, mais pas de système vertical). Vous connaissez déjà j’imagine.
      Je suis actuellement à Lyon, et je suis donc curieuse au sujet de votre future ferme urbaine lyonnaise !
      Peut-être pourrions-nous discuter de ces fermes urbaines qui fleurissent depuis quelques années ?

      Cloé.

  3. faouzi dit :

    bonjour Cloé
    je suis étudiant et je recherche des études de faisabilité sur les fermes verticales .peux tu me renseigner sur le sujet ?.

    merci
    Faouzi

  4. Da Silva dit :

    Bonjour,
    J’aimerais avoir idée de l’investissement initial, combien de mètres carrés de la surface, est-ce possible? Je suis intéressé de m’investir dans ce secteur que son avenir est très important.
    Est-ce qu’avec 1000 mètres carrés est-ce nécessaire pour entamer?
    En vous remerciant d’avance.

    • Valentine dit :

      Bonjour,
      Je suis désolée je n’ai pas les éléments pour répondre, cela dépend du type de production, du marché, de beaucoup de choses… Bonne chance dans vos recherches

    • Pitois dit :

      Pour rentabilisé éssayer donc la polyculture. Le potiron géant, la courgète éponge, les framboise qui en hydroponie donne de très bon résulta. Bien mieux que les fraise

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